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Publié le 05/05/2020

Le picard, une langue régionale d’une belle vitalité

La langue picarde est en pleine forme ! La revue Ch’Lanchron, rédigée en picard fête ses 40 ans et compte des milliers d'abonnés. Un dictionnaire fondamental français/picard paraîtra le 25 mai 2020.

Dans la Somme – dans le Vimeu et le Ponthieu en particulier, et à Amiens, avec le personnage incontournable de Lafleur du théâtre Chés Cabotans-, dans l’Aisne, l’Oise, le Nord, le Pas-de-Calais et même au-delà de nos frontières, dans le sud de la Belgique… le picard, langue régionale, jouit encore d’une belle vitalité. Bon nombre d’auteurs, de conteurs, de comédiens (professionnels et amateurs), de chanteurs, d'auteurs de BD… continuent de faire vivre cette langue savoureuse, en usage chez nos aînés mais aussi parmi les plus jeunes, contrairement à ce que pourraient laisser penser certaines idées reçues.

La revue Ch’Lanchron fête ses quarante années d’existence

En avril 1980, Jean-Luc Vigneux et Jacques Dulphy, respectivement originaire d’Abbeville (80) et du Vimeu (80) où le Picard est une langue encore très présente au quotidien, créèrent la première revue – trimestrielle - en langue picarde, Ch’Lanchron, le pissenlit en picard, fleur qui pousse en abondance un peu partout dans nos prairies et qui représente bien, de manière métaphorique, la vitalité de cette langue régionale. "Notre objectif, en créant cette revue, était de continuer à faire vivre le picard, en parlant de sujets d’actualité en employant cette langue régionale", explique Jacques Dulphy, auteur picardisant, chroniqueur et collaborateur pour le Courrier picard et traducteur (il a notamment traduit des albums d’Astérix et de Tintin avec Jean-Luc Vigneux et Alain Dawson). Les 500 exemplaires du premier numéro, imprimés sur une vieille machine à manivelle, furent écoulés en huit jours. Ch’Lanchron était né ! Et il devint, au fil des mois et des années, le point de rendez-vous de tous les amoureux du picard, auteurs ou lecteurs. A ce jour, plus de 400 auteurs, issus du domaine linguistique picard, ont apposé au moins une fois leur signature sur la revue. Une association du même nom, qui existe toujours aujourd’hui, fut créée peu de temps après le lancement du premier numéro. Elle apporte musique et théâtre en picard un peu partout dans la région et réalise un travail d’édition, le cœur de son activité. Aujourd’hui, Ch’Lanchron, composé de 16 pages, compte des milliers d’abonnés.

Une langue qui a les mots pour dire le monde d’aujourd’hui

Dans la période de crise sanitaire liée au coronavirus que nous traversons actuellement, "Les mots pour dire la maladie se sont créés sur l’instant, spontanément, explique Jacques Dulphy. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas que des mots comiques. Le picard, ce n’est pas uniquement la langue de nos aînés, ou cette manière de la détourner, ou de la ridiculiser parfois sous la forme d'un patois qui n'est pas souvent valorisant.  C’est une langue qui peut se tourner vers la modernité, vers l'actualité et qui s’adapte au monde d’aujourd’hui. Le confinement par exemple, je l'ai entendu, se dit « ch’rinconfinage »". Toujours en lien avec l’actualité, le dernier numéro de Ch’Lanchron a ainsi abordé le sujet du coronavirus au travers de deux articles, l’un rédigé par Jacques Dulphy sur l’importance de respecter le confinement et l’autre par Jean-Luc Vigneux, qui rend un hommage aux blouses blanches en première ligne dans le combat contre cette maladie. Un grand nom de la littérature picarde, Jacques Darras, a par ailleurs collaboré - et en picard pour la première fois - à la rédaction du 151e numéro, sorti au mois d’avril dernier en version numérique, confinement oblige et accessible sur le site Internet de Ch'Lanchron, le premier site d'ailleurs à être consacré à une langue régionale en France. Où il est d'ailleurs possible de s'abonner au journal.

Les jeunes assurent la relève

"C’est une idée reçue de penser que le picard est uniquement la langue de nos aînés, souligne Jacques Dulphy. Les jeunes assurent la relève, en particulier ceux qui sont originaires du Vimeu". Dont acte, puisque les élèves du Lycée du Vimeu, situé à Friville-Escarbotin (80), bénéficient une fois par semaine de cours de picard dispensés par Edwige Fontaine, professeure de français. Ces cours sont ludiques et s’appuient sur des textes de chansons notamment. 10 élèves ont par ailleurs apporté leur contribution au tout dernier numéro – le 151, celui du mois d’avril dernier – de Ch’Lanchron.

Un dictionnaire fondamental français/picard à paraître le 25 mai

Le linguiste Alain Dawson et Liudmila Smirnova, docteure en sciences du langage, ont conçu un dictionnaire français/picard qui recense les 1000 mots les plus fréquents du français contemporain et qui les traduit en picard. Il s’adresse en priorité aux personnes qui ont de faibles connaissances en picard et à ceux qui souhaitent écrire dans cette langue régionale. "Nous avons mis des ressources numériques existantes au service d’un projet spécifique, celui de fournir l’équivalent picard des 1000 mots les plus fréquents du français, les dictionnaires français-picard étant plus rares que les dictionnaires picard-français", explique Alain Dawson. Et une phrase en picard ne se construit pas de la même façon en français : ce dictionnaire apporte une attention toute particulière à la phraséologie comparée du français et de notre langue régionale.

Le picard pendant le confinement

L’Agence régionale de la langue picarde (ARLP) reste très active sur les réseaux sociaux pendant la période de confinement et garde le lien avec ceux qui ont une passion pour notre langue régionale. De nombreuses vidéos de textes inédits d’auteurs sur l’actualité, souvent truculents, des sketchs, des chansons ainsi que des jeux qui vous permettent de tester vos connaissances et de continuer d’apprendre sur cette langue sont régulièrement mis en ligne sur la page Facebook de l’ARLP.

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Un commentaire sur “1”

  1. Dominique Laleu -

    Heureux de voir que la langue Picarde est sauvegardée….par contre, son enseignement devrait être limitée à ceux qui parlent déjà le Français, car je suis effaré de lire certains propos sur les réseaux sociaux. Passe encore pour l’orthographe même si cela est préjudiciable pour la compréhension de certaines phrases, mais plus encore pour la grammaire. Certaines personnes ne comprennent même plus le sens des phrases !
    Ceci dit, je vous encourage à promouvoir la langue Picarde (et non le patois ch’ti), ayant vécu quelques 40 années en Picardie à Amiens.

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