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Publié le 13/03/2018

Hubert de Givenchy, ambassadeur de l’élégance française

Couturier, designer, styliste... Né à Beauvais en 1927 et fidèle à sa région où il installera son usine de parfums, Hubert de Givenchy a bouleversé les codes de son époque pour porter l'élégance féminine dans une toute nouvelle dimension.

Givenchy. Ce nom, connu dans le monde entier, incarne depuis plusieurs décennies l'élégance à la française. Né à Beauvais en 1927, Hubert de Givenchy grandit au sein d'une famille aristocratique, sensible à l'art. Un arrière-grand-père réalisateur de décors à l’opéra de Paris, un grand-père administrateur de la manufacture de tapisserie de Beauvais, l’autre designer et décorateur de renom… D'abord voué à une carrière de juriste, le jeune Hubert suit les pas de ses illustres aïeux. À 17 ans, il part à Paris étudier aux Beaux-Arts et devient apprenti chez le couturier Jacques Fath. C’est la révélation.

Suivront Lelong, Elsa Schiaparelli (l'une des grandes dames de la mode à Paris pour l'époque, avec sa contemporaine Coco Chanel), avant une rencontre décisive avec Cristóbal Balenciaga. "Balenciaga était ma religion : conception et simplicité, il avait le sens du détail toujours utile", aimait-il rappeler. Dès 1952, Givenchy crée sa propre maison. Il a 25 ans. Il est le plus jeune couturier de Paris et s'apprête à construire "sa légende".

Hubert de Givenchy, travailleur acharné

L'époque lui donne des faux airs de dandy. Pourtant, Hubert de Givenchy est un travailleur acharné. Toujours arrivé le premier à l’atelier, avenue Georges V à Paris, il porte une éternelle blouse blanche. Son regard bleu voit tout, surveille tous les détails ; il est attentif, calme, concentré, il reste courtois au milieu de la ruche affairée qui l’entoure. "Je crois terriblement en mon métier. Aujourd’hui, malgré les difficultés, je pense aux étrangères qui viennent chercher les nouvelles créations à Paris. Pour elles, je ferai encore plus beau."

Très vite, avec une autorité qui casse les codes, il s’impose. "Ce qui compte c’est l’allure. La vraie beauté naît du respect de la tradition, de l’admiration pour le classicisme. Mais classique n’a jamais voulu dire ennuyeux !", répétait-il au fil de ses interviewes. Chaque année, il innove, bouleverse les habitudes du milieu, modernise l’allure des femmes. Alors que la haute couture utilise des matières coûteuses, en 1953 il lance sa première collection avec des vêtements de coton. Ses plus belles pièces sont portées par l’actrice Audrey Hepburn, qui restera pendant 40 ans sa muse. Le succès des créations Givenchy est immédiat, le magazine de référence américain Life met le couturier en couverture. Givenchy devient une icône de la France, une référence.

Bientôt, les grands noms du Tout-Paris et de Hollywood le consacrent. Audrey Hepburn, d'abord, puis Grace Kelly, Elizabeth Taylor, Lauren Bacall, Marlène Dietrich, Jackie Kennedy... Les vedettes du grand écran et les égéries de l'époque portent aux nues ce Parisien que toutes admirent pour son style et son goût pour l'élégance "à la française".

L'âme d'un pionnier

"Je veux être responsable moi-même de mon nom, je prends tout au sérieux, je mets de la sincérité en tout."

Chaque année, Givenchy surprend. Dès sa première collection, il propose vestes et jupes séparées, à combiner alors que ses collègues jouent la carte du tailleur strict. Puis il lance la robe ballon, qui effleure le corps pour "entourer la femme d’un halo de mystère". Il invente la collection masculine "Gentleman Givenchy", avec sa boutique dédiée et un parfum pour hommes aux senteurs de citron, vétiver, musc et bergamote.

A une époque où les couturiers se cantonnent sur le vêtement, Hubert de Givenchy diversifie les créations. Il dessine une gamme d’accessoires portant sa griffe : après les parfums en 1957, il crée bijoux, montres, lunettes, vêtements de sport, tenues pour enfants… En 1968, il ouvre la première boutique de prêt-à-porter chic, rue Victor Hugo à Paris.

La décoration étant sa seconde passion, à la demande de ses clients américains, il décore des hôtels Hilton, à Bruxelles, à Singapour, lance une série de tissus d’ameublement qui portent le nom des châteaux historiques d’Ile-de-France et de la Loire... L’année suivante, il s’inspire des villages de Provence. Puis sort une collection de tapis, du linge de maison, un service en porcelaine de Limoges. Rien ne l’arrête, il s’applique aussi bien sur les sièges d’une voiture (pour Ford et Nissan) que pour les robes du soir.

Icône internationale

Hubert de Givenchy n'en oublie pas sa terre natale. S'éloignant de Paris, il choisit de s’installer dans l’Oise, à Beauvais. Il y ouvre une usine de parfums en 1959, suivie d’une unité de productions de soins et cosmétiques. "J’ai toujours été attiré par le Beauvaisis, tout d’abord une partie de ma famille s’y trouvait, j’y avais passé ma jeunesse [...] Il m’a semblé que je devais choisir la Picardie pour cette implantation car mon cœur y avait une place…" L'usine, très vite trop étroite, sera maintes fois agrandie pour faire vivre des dizaines d'employés.

Ysatis, Amarige ou Organza... Au sein du site beauvaisien seront produits les plus célèbres des parfums Givenchy. Le créateur y fait exploser toute sa créativité. Il trouve surtout dans la proche vallée de la Bresle les verreries dont il a besoin pour façonner ses précieux flacons. Des flacons sculptés, qui donneront encore plus d'écho à la marque "made in France". Le succès de ces essences, retentissant, dépasse les frontières de la France. Givenchy est adulé au Japon comme dans toute l'Europe ou aux États-Unis.

En 1988, l’ensemble des productions Givenchy est cédé au groupe LVMH présidé par Bernard Arnault. Hubert de Givenchy entamera alors une nouvelle vie, avant de s'éteindre dans son sommeil le 12 mars 2018, à l'âge de 91 ans.

"Hubert de Givenchy (fut une) personnalité incontournable du monde de la haute couture française, symbole de l'élégance parisienne pendant plus d'un demi-siècle. Aujourd'hui encore, son approche de la mode et son influence perdurent. Dès sa première collection haute couture, en 1952, Hubert de Givenchy a défendu le principe des separates. Deux ans plus tard, il devenait le premier créateur à lancer une ligne de prêt-à-porter de luxe. Il a également révolutionné la mode internationale en créant des silhouettes à l'élégance intemporelle pour Audrey Hepburn, son amie et sa muse pendant plus de quarante ans. Son œuvre demeure aussi pertinente aujourd'hui qu'alors. Son départ laisse un grand vide au sein de la Maison et du monde de la mode." - Communiqué de la Maison Givenchy, le jour de la mort du couturier.

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Infos pratiques

Pour en savoir plus

  • Jean-Noël Liaut, Hubert de Givenchy, entre vies et légendes, Paris, Grasset & Fasquelle, 2000.
  • Françoise Mohrt, Givenchy, Paris, EPSI, 1980
  • Jacques Hétru, Le verre, l’art et la matière, Paris, Bertout, 1996.

www.givenchy.com

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