Mis à jour le 18/06/2025
Pierre Deshayes, une vie de résistance, une mémoire pour l’avenir
Figure discrète mais essentielle de la Résistance dans les Hauts-de-France, Pierre Deshayes incarne un engagement profond, une détermination sans faille et un héritage moral qui en font un modèle de courage face à la barbarie nazie.
À l’heure où la France commémore le 85e anniversaire de l’appel du 18 juin 1940, le nom de Pierre Deshayes résonne avec une force particulière dans les Hauts-de-France.
Un engagement précoce et total
Né à Gomené, dans les Côtes-d’Armor, en 1918, Pierre Deshayes n’a pas encore 22 ans lorsqu’il entend l’appel du Général de Gaulle à Londres. Pour lui, cette voix n’est pas un simple espoir, c’est un devoir. Son fils, Michel Deshayes, raconte : "Ce qui a poussé mon père à entrer dans la résistance, je pense que c'était visceral. C'était tripal, c'était dans les tripes. Il ne supportait pas l'occupation allemande. Il a été fait prisonnier avec son régiment en mai 1940. Il a été libéré en septembre parce qu'il avait des compétences en tant que cheminot, ce qui faisaient qu'il était nécessaire à la SNCF. Et puis, il n'a pas supporté. Et au bout de deux, trois mois, en janvier 41, il a dit à ses parents : "Je pars en Angleterre !"".
Très vite, il entre dans les réseaux de Résistance du Nord, notamment au sein du mouvement "Libération-Nord".
La Résistance dans le Nord, un combat risqué
Après avoir effectué des stages de formation de sabotage, de radio et d’officier d’opérations aériennes en Angleterre, Aurélien Grenier, président co-fondateur association préservation de l'histoire du B.O.A (Bureau des Opérations Aériennes), explique : "Il est breton d'origine. Donc, on prévoit de l'envoyer en Bretagne avec un chef de réseau qui est cadre à la SNCF. Malheureusement, le réseau est décimé avant qu'il soit acheminé en France. Et donc c'est reporté. Et il faudra attendre plusieurs mois pour qu'il soit envoyé en France pour une autre mission. En décembre 1942, il aura pour mission de prendre contact avec des mouvements de résistance dans le nord de la France, la Voix du Nord et l’Organisaton civile et militaire (OCM)". À cette époque, les Hauts-de-France sont une région sous haute surveillance allemande. Et les risques sont immenses.
Un regard éclairant à l’heure des conflits contemporains
Car ce qui frappe dans l’histoire de Pierre Deshayes, c’est l’ancrage éthique de son choix. Il n’entend pas l’Appel du 18 juin ? Qu’importe. Il agit. Par refus de l’humiliation, par instinct de liberté. À une époque où tant d’autres "faisaient le dos rond", ce jeune homme de 22 ans s’arrache à une vie stable de cheminot pour entrer en dissidence. Non pas pour une gloire future, mais parce qu’il ne supporte pas "la langue", "les uniformes", "l’omniprésence" ennemie. Ce refus viscéral du renoncement le pousse jusqu’à Londres, via une odyssée de sept mois, dans une Europe fracturée, jusqu’à convaincre le MI-5 de sa détermination — et les convaincre… pour mieux les quitter, car il ne veut pas devenir agent britannique, mais rester Français libre.
L'histoire d'un héros de la résistance
De retour en France, infiltré dans une région dangereuse et surveillée, il n’a de cesse de rassembler, structurer, organiser. Son rôle dans l’unification des réseaux locaux (Voix du Nord, OCM, Libération-Nord) dans la région qui ne s’appelait pas encore les Hauts-de-France, illustre une résistance qui dépasse l’acte de sabotage ou le coup d’éclat. Il s’agit d’un travail de terrain, lent, patient, minutieux. Une résistance du quotidien, celle qui, dans la durée, construit un contre-pouvoir face à l’occupant.
Son exemplarité, c’est aussi celle du clandestin qui ne trahit pas, ne tombe pas, ne cède pas : vingt mois dans l’ombre, sans être capturé, sans devoir avaler cette capsule de cyanure que d’autres agents ont dû utiliser. Il est « l’exception » parmi les chefs de réseaux. Il est celui que la Gestapo manque, par instinct ou par peur. À l’heure où l’on interroge le courage politique, civique ou journalistique, ce silence-là, ce stoïcisme-là, sont autant d’enseignements.
Alors que la mémoire de la Seconde Guerre mondiale entre peu à peu dans la distance historique, le parcours de Pierre Deshayes constitue un rappel salutaire : la résistance n’est pas un mot figé dans les manuels. C’est un acte, une décision, un risque. C’est, surtout, un refus. Refus d’obéir aux injonctions de l’époque. Refus de se taire. Refus de s’adapter à l’inacceptable.
Mémoire et transmission : un devoir vivant en Hauts-de-France
La figure de Pierre Deshayes ne parle donc pas seulement à notre passé. Elle parle aussi à notre présent. À l’ère du doute et du cynisme, elle incarne une fidélité à des valeurs simples, mais essentielles : le courage, la loyauté, la discrétion, la liberté. En cela, elle mérite plus que l’hommage du 18 juin. Elle mérite que l’on s’en souvienne, pour aujourd’hui et pour demain.
C’est dans cette lumière que la Région souhaite continuer de faire vivre son héritage, en transmettant aux jeunes générations le sens de l’engagement, en honorant celles et ceux qui, comme Pierre Deshayes, ont choisi l’action plutôt que la soumission, et en défendant, aujourd’hui encore, les valeurs de liberté, de justice et de solidarité qui fondent notre démocratie.

Le général de Gaulle saluant les compagnons de la libération. Pierre Deshayes se situe à droite de la photographie.