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Article publié le 04/06/2021
Mis à jour le 04/06/2021

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Louise de Bettignies : résistante et combattante de l’ombre

À l’entrée du boulevard Carnot, en plein centre de Lille trône un monument représentant un soldat agenouillé embrassant les mains d’une jeune femme dont le regard se porte au loin. Cette femme n’est autre que Louise de Bettignies, "la Jeanne d’Arc du Nord". Portrait.

Louise de Bettignies. Son nom est familier pour bon nombre de gens du Nord qui connaissent des places ou des rues qui portent son nom. Mais connaissez-vous réellement son histoire ? Cette femme a joué un rôle décisif pendant la Première Guerre mondiale en tant qu’espionne pour le compte de l’armée britannique.

Une enfance éloignée du cocon familial

Née à Saint-Amand-les-Eaux dans le Nord le 15 juillet 1880, Louise de Bettignies vient d’une famille catholique et noble. Avant-dernière d’une fratrie de neuf enfants, Louise a fait ses études secondaires à Valenciennes chez les Sœurs du Sacré Cœur. Des suites d’un déménagement à Lille en 1895, elle quitte le Nord en direction de l’Angleterre pour continuer ses études. À la mort de son père en 1903, la jeune fille revient en France où elle termine ses études de lettres à l’université de Lille et obtient son diplôme en 1906.

Le rôle essentiel des femmes pendant la guerre

Dès le démarrage de la guerre en 1914, les femmes sont appelées à jouer un rôle majeur en entrant en résistance et en s’alliant aux soldats. Louise de Bettignies a alors 34 ans et veut agir. C’est la prise de Lille en 1914 par les Allemands qui pousse Louise à s’engager dans la résistance aux côtés de sa sœur, Germaine, alors qu’elles se trouvaient à Wissant dans le Pas-de-Calais. Les deux jeunes filles soignaient les soldats blessés et leur apportaient des vivres.
Elle accepte de remplacer un membre de l’association La poste aux familles. Son rôle est de transmettre des messages entre les Lillois soumis à l’occupation allemande et leurs amis libres qui ont pu s’enfuir à temps. Ces messages sont confiés à des femmes qui les cachent sous leurs vêtements lors de contrôles à la traversée des frontières car elles sont moins surveillées que les hommes. Louise se porte volontaire pour transporter plus de 300 messages cousus sous la doublure de sa robe ce qui lui permet de traverser le pays occupé et de rejoindre les réfugiés.

Espionne au service de la Couronne

En 1916, à Saint Omer (62), Louise est repérée pour ses talents en langues (elle est polyglotte, ndlr) par les services de renseignements britanniques qui veulent la recruter comme espionne. Elle accepte et suit une formation en Angleterre dans laquelle on lui apprend à employer les codes, à dresser des plans, ainsi que les méthodes pour collecter et transmettre des informations. Elle obtient des faux papiers grâce à son frère Henri, et prend le pseudonyme d’Alice Dubois.
La jeune femme est ensuite infiltrée en Belgique et a pour mission d’identifier les mouvements des troupes allemandes dans la région lilloise. Le Foreign Office (le Bureau des Affaires Etrangères et du Commonwealth) lui reconnait un talent certain et une riche personnalité qui lui permettent d’atteindre le poste de chef d’un réseau nommé Ramble ou "réseau Alice". C’était un réseau de 80 personnes dévouées pour servir leur pays qui avait pour objectif de surveiller les trains, de repérer les dépôts de munitions et d’assurer le passage des soldats alliés vers les Pays-Bas.

La fin d’un destin héroïque

Louise de Bettignies qui franchit chaque semaine la frontière entre la Belgique et l’Allemagne tombe dans un piège des Allemands le 20 octobre 1915 à Froyennes, près de Tournai, alors qu’elle avait annoncé dernièrement à l’armée britannique une importante opération militaire prévue à… Verdun ! D’abord détenue dans la prison Saint-Gilles de Bruxelles, elle y est condamnée à mort le 19 mars 1916. Cependant la jeune femme est graciée par le gouverneur Bissing, le gouverneur militaire de la Belgique, et sa peine est réduite aux travaux forcés à perpétuité.

Le 21 avril 1916, elle est emprisonnée à la forteresse de Sieburg en Allemagne, une prison pour femmes, dans laquelle elle trouve encore la force d’être à la tête d’une rébellion de prisonnières. Sa notoriété et son prestige lui ont permis d’être cité,e la veille de son arrivée à la prison, à l’ordre de l’armée française par le général Joffre. "Mademoiselle Louise de Bettignies s’est volontairement dévouée pendant plusieurs mois, animée uniquement par le sentiment patriotique le plus élevé, pour rendre à son pays un service des plus importants dans la défense nationale", déclare-t-il alors.

La jeune femme meurt le 27 septembre 1918 à Cologne, en Allemagne, d’une pleurésie des suites de mauvais soins. Son corps sera transféré à Lille en mars 1920 où des funérailles nationales auront lieu.

Sa maison natale bientôt transformée en musée

Le corps de Louise de Bettignies repose aujourd’hui au cimetière de Saint-Amand-les-Eaux, sa ville natale. Sa maison d’enfance, située dans une rue qui porte son nom, fait l’objet d’une réhabilitation afin de devenir un centre de ressources pour le droit des femmes. Ce projet, soutenu par la Région, est en cours de réalisation. Les travaux devraient s’achever en octobre prochain. L’idée de ce centre est de mettre en valeur les grandes femmes de l’histoire, à commencer bien sûr par Louise de Bettignies qui sera l’objet de la première exposition.

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