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Publié le 11/10/2018

Licia Boudersa met tout le monde KO

La Lilloise Licia Boudersa ne laisse personne indifférent dans le monde de la boxe professionnelle. Et pour cause. En trois ans seulement, elle a tout gagné dans sa catégorie. Championne de France en 2016, championne d'Europe en 2017, la voici, depuis le 29 septembre 2018, championne du monde. Rencontre avec une ambassadrice des Hauts-de-France.

 

Licia Boudersa
26 ans, originaire de Lille
Boxeuse professionnelle en poids plume (- de 57 kg)
Licenciée au Boxing Club Lille Bois Blancs depuis ses débuts
Licia est devenue championne du monde WBF le 29 septembre 2018, devant son public à Lille.
Points forts : "Je suis une frappeuse, j'ai une bonne droite et j'arrive bien à me protéger de mes adversaires grâce à mon physique : je suis plutôt grande et longiligne (1m70). J'ai aussi la rage de vaincre, je suis déterminée."
Points faibles : "Je suis trop gourmande ! J'aime trop les sucreries !"

Licia, comment avez-vous débuté la boxe ?

"J'ai passé toute mon enfance dans le quartier des Bois Blancs, à Lille. Avec les associations du quartier, j'ai participé à toutes les activités possibles ! Football, basket, hip-hop, judo, danse modern jazz, guitare… et une initiation à la boxe éducative à 12 ans. Cela m'avait bien plu à l'époque. En 2010, Hocine Soufi (son entraîneur et manager) a créé le Boxing Club des Bois Blancs. Il faisait le tour du quartier pour faire de la pub. Il m'a vue en bas d'un immeuble et m'a proposé de venir essayer. J'ai dit "ok". Six mois plus tard, à 17 ans, j'effectuais mon premier combat amateur."

Qu'est-ce qui vous plaît dans "le noble art" ?

"La boxe est remplie de valeurs éducatives comme le dépassement de soi et le respect de l'adversaire… On ne peut pas tricher. C'est aussi un sport qui demande beaucoup d'investissement et de sacrifices, notamment pour rester dans sa catégorie de poids. La boxe m'a aidée à sortir du quartier et à devenir quelqu'un."

Comment êtes-vous devenue boxeuse professionnelle ?

"J'ai gagné plusieurs titres en amateur au niveau départemental, régional et interrégional. En 2015, j'arrive blessée à l'épaule au championnat de France et je perds en 1/4 de finale contre celle qui deviendra championne cette année-là. C'est à la suite de cela que nous avons décidé avec mon entraîneur de passer chez les professionnels."

Depuis votre passage en professionnel en avril 2015, quel a été votre parcours ?

"Mon passage en professionnel a été très bénéfique pour moi. J'ai redoublé d'efforts. J'avais un devoir d'exemplarité envers tout le monde : ma famille, mes entraîneurs, le club… Et j'ai eu un parcours assez exceptionnel, puisque je fais championne de France en 2016, championne d'Europe en 2017 et maintenant championne du monde."

Comment remportez-vous le titre de championne du monde ?

"J'ai combattu face à une Allemande (Hasna Tukic), la vice-championne du monde. Et je gagne par KO à la 7e reprise. Il y avait 1 800 personnes, la salle était pleine à craquer. C'était magique !"

Quelle est la différence majeure entre la boxe amateur et la boxe professionnelle ?

"Les combats sont plus longs chez les pros. Cela peut aller jusqu'à dix rounds, contre trois rounds en amateur. On ne porte pas de casque, les gants sont plus petits donc les coups font plus mal. Quand on a le statut de professionnel, on est rémunéré en prime de combat. Mais pour autant, je ne vis pas de la boxe. Je suis éducatrice sportive à la Ville de Lille."

Comment vous entrainez-vous ?

"Je m'entraîne tous les jours, deux heures le matin et deux heures le soir, sauf les week-ends. Je m'entraîne avec des hommes de mon club, mais on programme également des entraînements avec d'autres filles comme Ségolène Lefebvre de Douai ou la Belge Delfine Persoon (toutes deux championnes du monde dans leur catégorie)."

Quelle place ont les femmes dans le monde de la boxe ?

"Quand je suis arrivée au club à 17 ans, j'étais la seule fille. Aujourd'hui, il y a plus de femmes que d'hommes !"

Quels sont vos objectifs à présent ?

"Il existe six fédérations mondiales de boxe professionnelle. Plus ou moins bien cotées. La mienne (WBF) est très cotée chez les femmes. Je veux maintenant obtenir les titres mondiaux dans les six fédérations et surtout, après, défendre mes titres."

Et les Jeux olympiques ?

"La boxe féminine n'est apparue aux Jeux olympiques qu'en 2012 à Londres et dans trois catégories seulement ! Les boxeurs professionnels hommes ont obtenu le droit de participer aux Jeux olympiques de Rio en 2016 (à l'image de l'Héninois Mathieu Bauderlique, médaillé de bronze)… mais pas les femmes ! Ce n'est pas juste et j'aimerais pouvoir y participer, bien sûr. Mais pour Tokyo (2020), cela semble mal parti…"

Comment votre famille a-t-elle accueilli cette consécration ?

"Ma mère et mon grand frère sont très fiers ! Au départ, quand j'ai commencé la boxe, mes parents ont été surpris et ma mère avait peur évidemment. Mais Hocine (son entraîneur) lui avait dit : "je ferai de votre fille une championne du monde". Elle s'en souvient encore ! Elle a toujours cru en moi."

Vous pourriez partir à l'étranger ou intégrer un grand club ?

"Je suis très attachée à mon club. J'entraîne des jeunes de 8 à 13 ans deux fois par semaine ici et au Loos Boxing club. J'essaye de leur transmettre des valeurs importantes. La boxe, c'est bien, mais l'école, c'est mieux ! On participe aussi à la vie locale. Par exemple, l'an dernier, on a organisé un repas de Noël pour deux euros à EuraTechnologies ! Cela n'a pas toujours été facile, mais on a gagné du respect dans le quartier."

Vous semblez très attachée aux Hauts-de-France ?

"Bien sûr ! C'est ma région depuis toujours ! En plus, les boxeurs des Hauts-de-France ont la réputation d'être des guerriers. Depuis mon titre européen, j'ai eu des propositions de partout mais j'ai envie de rester ici et de m'investir. Y a plein de choses à faire !"

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