Publié le 24/11/2015
    carte

    Langues régionales

    Le Ch’ti et le Picard, une seule et même langue

    Historiquement, le Picard est une langue parlée dans le Nord-Pas de Calais (sauf l'arrondissement de Dunkerque, de langue flamande), la Picardie (à l’exception de la frange sud), et en Belgique, dans la Province du Hainaut. Dans le Nord-Pas de Calais, la langue est souvent appelée « Ch’ti », « patois de Nord » ou « Ch'timi ». Ch’ti ou Picard, il s’agit donc d’une seule et même langue ! S’il existe quelques variations dues notamment à la prononciation, celles-ci sont compréhensibles par les habitants du Nord-Pas de Calais, de Picardie et de Belgique.
    D’un point de vue linguistique, le Picard est une langue romane, issue du bas-latin en même temps que le Français et les autres langues dites « d'oïl ». Ainsi, les linguistes n’utilisent que le terme « picard ».
    Le mot « ch’ti » ou « ch’timi » a été inventé lors de la Première guerre mondiale par des Poilus qui n’étaient pas de la région afin de désigner leurs camarades nordistes. Ce mot a été créé à partir des mots démonstratifs picards « ch’est’ ti » et « ch’est mi » qui signifient respectivement « c’est toi » et « c’est moi ».

    La littérature picarde

    Forgé progressivement au cours du XIIe siècle, le picard s’affirme au XIIIe siècle comme langue littéraire, avec le développement de nouveaux centres culturels comme Arras, Valenciennes et Tournai. La « Scripta picarde » connaît son apogée à la fin du XIIIe siècle et au XIVe siècle : dans les textes, se mêlent le picard et le francien (qui donnera naissance au français). Au XVe siècle, le picard recule et au XVIe siècle il est relégué au rang de patois.

    Une seconde naissance

    Le « moyen picard » se situe entre le picard médiéval et le picard dit « moderne » dont les caractéristiques actuelles ont été établies dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle.
    Les œuvres littéraires picardes du XVIIe siècle sont rares et anonymes pour la plupart. Héritières des fabliaux du Moyen-Age, ce sont souvent des satires. Au XVIIIe siècle, ce sont aussi des écrits empreints d’analyses sociales et politiques.

    Le picard moderne

    Alors que les Jacobins se préoccupent d’asseoir l’unité nationale, les Picards de la Somme, de l’Aisne, de l’Oise, de la Seine inférieure, du Pas-de-Calais, du Nord et de Belgique parlent picard sans vraiment en avoir conscience.
    Pierre Ivart estime que c’est entre 1830 et 1870 qu’apparaissent les premiers grands auteurs de la littérature picarde moderne : « Carion, Gosseur et Paillart pour la prose de combat, Dechristé pour la prose de fantaisie, Desrousseaux et Bourgeois pour la chanson… Mais le plus grand nom est assurément celui d’Hector Crinon, auteur des satires picardes (1863).» Edouard Paris, qui publie en préface à son « Sin-Evanjil slon Sin-Matiu » une « note sur l’orthographe picarde », est le premier à s’intéresser à la dialectologie.
    A la fin du XIXe, l’école poursuit son travail d’élimination du picard, comme des autres dialectes. Les années précédant la première guerre mondiale voient pourtant la reprise d’une intense activité littéraire. Pierre Ivart remarque notamment, parmi les auteurs, qui sont légion autour de 1900, Edouard David, amiénois à qui l’on doit le renouveau de Lafleur, le poète Louis Seurvat et Jules Mousseron, mineur de fond à Denain qui est l’inventeur de Cafougnette.
    La grande guerre et ses destructions marquent un nouveau et considérable recul dans la pratique du picard. L’entre-deux guerres n’est pas une période faste pour la littérature picarde, de même que l’immédiat après-guerre.
    En 1963, paraît le « Dictionnaire des Parlers du Vimeu » de Gaston Vasseur et les travaux de dialectologie se développent avec notamment Louis-Fernand Flutre, Fernand Carton, René Debrie, Jacqueline Picoche. De même renaît une littérature picarde de grande qualité.

    Un patrimoine culturel commun

    Depuis la publication, en 1999, du rapport sur les langues de France proposé par Bernard Cerquiglini, le chti-picard, aux côtés de 22 autres langues comme le breton, le corse ou le normand, est officiellement reconnu comme l'une des langues régionales de la France.
    Le Ch’ti picard constitue un patrimoine culturel commun de la Nouvelle Région. Considéré par l’Unesco comme une langue « sérieusement en danger », des initiatives ont émergé sur le territoire afin de préserver ce patrimoine :

    • une Agence pour le picard a été créée à Amiens pour promouvoir le picard, accompagner la diffusion de cette langue, organiser des conférences et des formations, sensibiliser les jeunes dans les écoles ;
    • des communes ajoutent notamment leur nom en picard sur leurs panneaux d’entrée de ville ;
    • des universités comme Lille 3 ou l’Université de Picardie Jules Verne mènent des travaux de recherche sur les langues régionales et dispensent des cours de langue et de littérature.

    Parallèlement au monde institutionnel, de nombreux acteurs œuvrent pour promouvoir cette langue, cette culture, mais aussi cette identité régionale :

    • des auteurs comme le Montreuillois Alain Dawson, spécialiste du sujet qui a co-traduit plusieurs ouvrages et bandes dessinées en ch’ti picard : Le Petit Nicolas, des BD d’Astérix et des aventures de Tintin. Mais aussi Jean-Luc Vigneux, Jacques Dulphy…
    • le festival Ch’est in picard, prix de littérature en picard créé par l’Agence pour le picard, des associations avec le festival Ché Wèpes qui se déroule au Crotoy et sillonne la région avec des animations, contes, chansons et jeux picards.

    Pour en savoir plus :

    Les écrivains picardisants

    Hector Crinon (1807-1870)
    Né près de Vermand dans une famille de petits paysans, il sera lui-même toute sa vie cultivateur. Orphelin très jeune, il abandonne ses études pour remplacer son père à la ferme. Véritable autodidacte, il lit énormément et compose dès 1830 des chansons révolutionnaires en picard. Après la révolution de 1848, il recommence à écrire des textes, beaucoup plus conservateurs. Ses satires picardes témoignent de la vie paysanne en Picardie au siècle dernier.

    Philéas Lebesgue (1869-1958)
    Né dans l’Oise, aux confins de la Normandie, dans une famille paysanne, Philéas Lebesgue interrompt ses études au collège de Beauvais suite à des ennuis de santé. Il apprend seul plusieurs langues et acquiert un savoir encyclopédique. Chroniqueur au Mercure de France pour les lettres portugaises, néo-grecques et brésiliennes, il est l’auteur de nombreux recueils de poésies, de romans et de pièces de théâtre, notamment la « Légende de Jeanne Hachette ». Il fait publier en 1939 une plaquette de poèmes en picard « Ein acoutant l’cloque de l’Toussaint ».

    Gaston Vasseur (1904-1971)
    Chroniqueur, Gaston Vasseur est aussi un historien. Il est à l’origine de la création de l’Association « Picardisants du Ponthieu et du Vimeu » et publie en 1963 le « Dictionnaire des Parlers du Vimeu ».

    5 réflexions au sujet de « Langues régionales »

    1. catalan -

      AMIENS est bien évidemment LA CAPITALE de cette entité linguistique et culturelle!
      LILLE est déjà le poumon économique et industriel: la répartition entre capitale administrative d’un côté avec maintien des pouvoirs décisionnels et souverainistes, capitale économique de l’autre avec la Chambre de Commerce et d’Industrie de l’autre aurait évité de faire disparaître Amiens: suppression d’emplois du tertiaire et donc du siège des grandes entreprises, éloignement des nombreux cadres ou universitaires parisiens amoureux de la capitale "verte".
      Dans 10 ans ou moins Amiens sera une ville morte…

    2. ttardieux -

      Une région est d’abord GEOGRAPHIQUE par fleuves,rivières et montagnes ou vallées:donc
      " Nord- Picardie" ;donc aucun département précisé sinon tous les 5. Nord étant la région précédente et non le département

    3. Un Picard -

      Le nom de la région est bien mal choisi. Adieu la Picardie. On a préféré un nom qui ne veut rien dire.
      On aurait mieux fait de se raccrocher à notre patrimoine linguistique. Qui s’en souviendra dans quelques années ?

    4. Cyril -

      Y’a l’picard, ché bin vrai cha ! Mais il faudrait aussi faire un article avec plus de précisions sur le Flamand Français (Fransch-Vlaemsch) ainsi que sur le Champenois qui sont les langues régionales formant les parlaches de cette nouvelle région. Pour le Fransch-Vlaemsch, parler du probable casselois qui aurait écrit l’hymne nationale des Pays-Bas ainsi que de Michel De Swaen, enz…

    5. Dagnicourt-Milojevic -

      C’est tellemen timportant de bien dire que le ch’ti et le picard sont une seule et même langue ! mes origines sont l’Aisne, la Somme et l’Oise! Les accents peuvent etre différents d’un village à l’autre ! Mais attention, j’habite le sud de l’Oise, et nous parlons picard souvent sans le savoir et nous avons bien l’accent ! Sud de l’Oise et picarde !!!

    Commentaires

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    *

    *