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Publié le 10/09/2018

À Herlies, les soldats tombés en 1914 se relèvent

Pour le centenaire de l'armistice, de nombreux événements sont organisés cette année dans les Hauts-de-France, région durement marquée par la Première Guerre mondiale. Dans le Nord, le village d'Herlies inaugurera le 20 octobre 2018 un monument à la mémoire de tous les combattants qui ont perdu la vie lors de la Bataille du Pilly en 1914.

Depuis quelques jours, trois stèles se dressent dans la plaine des Weppes. Trois monolithes de pierre bleue de Soignies (59) mesurant deux mètres de haut et pesant chacune deux tonnes. Trois pierres comme les trois jours de la bataille qui s'est déroulée ici en 1914, mais sortie des mémoires pendant près d'un siècle.

Les 18, 19 et 20 octobre 1914, juste avant que les tranchées ne dessinent un front immobile pour les quatre années à venir, le Second bataillon du Royal Irish Regiment est appelé en renfort des Français pour reprendre le hameau du Pilly (aujourd'hui, une rue d'Herlies) aux Allemands. Au cours de cette bataille, 158 soldats irlandais tombent dans la plaine sous le feu de l'ennemi, qui connaît lui aussi de nombreuses pertes.

Retrouver la mémoire

Ce n'est cependant qu'en 2014 que le village découvre cette bataille. "On savait bien-sûr qu'Herlies avait été durement touché pendant la guerre, raconte Marie-Françoise Auger, maire du village. Il était donc naturel de commémorer notre histoire lors du centenaire de 14-18, mais personne ne s'attendait à ça !" Pour l'occasion, des habitants passionnés se réunissent pour retrouver la mémoire des événements qui se sont déroulés dans le village.

"Quand on cherche, on trouve ! plaisante Yvon Papeghin, président de l'association HerlieS'torique. Un ancien du village a appris qu'il s'était passé quelque chose au Pilly, mais on ne savait pas quoi…" C'est grâce au dessin d'un correspondant de guerre que l'équipe découvre que des soldats allemands avaient mené dans le village une attaque contre des Britanniques. "On a donc poursuivi nos recherches en langue anglaise et c'est comme cela que l'on a rencontré Michael Desmond, historien irlandais, spécialiste du Royal Irish Regiment et de la Bataille du Pilly." Le samedi 25 octobre 2014, cent ans après les faits, le conférencier est invité dans le village pour détailler aux habitants cette page de leur histoire oubliée.

 "Penser" la blessure

Pour rendre hommage aux soldats tombés en 1914, la municipalité a décidé la construction d'un monument hors du commun inspiré d'une œuvre de Virginie Gallois, artiste plasticienne originaire de Lille. En 2014, celle-ci démarre une collaboration avec le photographe Laurent Mayeux à l'occasion du centenaire de la Guerre 14-18 : LaLigne14-18. "Le projet de Laurent portait sur la ligne de front et les paysages qu'auraient pu voir les soldats à l'époque. À ses photographies en noir et blanc horizontales, répondaient les silhouettes verticales de soldats colorés, peints à l'encre et à l'acrylique".

Les soldats de Virginie Gallois ont plusieurs particularités, notamment celle d'avoir le visage recouvert d'une bande de gaze : un pansement qui les rend universels, et qui est aussi une métaphore de la pensée, d'où le titre de son travail : "penser" la blessure. "L'idée est de soigner, d'essayer de réparer après une telle catastrophe avec l'espoir que cela ne se reproduise pas", poursuit l'artiste.

"Se souvenir du sacrifice de tous ces gens"

Frédéric Cassarano est artisan tailleur de pierre et sculpteur depuis près de vingt ans. C'est lui qui a été choisi pour réaliser le mémorial : "il est important de se souvenir du sacrifice de tous ces gens qui sont morts pour nous. À chaque fois que je travaille sur un monument de mémoire, je ressens cette même émotion, ce même respect."

La stèle centrale qui recueille le message est entourée de deux silhouettes des soldats de Virginie Gallois. Ils ont été sculptés selon la technique du méplat, c'est-à-dire sans volume et les différentes finitions sur la pierre bleue leur confère des teintes diverses "que l'on n'obtient avec aucune autre pierre", détaille le sculpteur.

"Il faut aller plus loin"

"Des soldats sont tombés ici même et ont disparu dans le paysage il y a 100 ans, raconte Yvon Papeghin. Aujourd'hui, avec ces stèles, ils se relèvent, cela symbolise la mémoire retrouvée." Une symbolique particulièrement importante pour les descendants des soldats qui ont perdu la vie dans la plaine : "les soldats sculptés sont universels, on ne peut pas identifier leur nationalité et on retrouve ce voile de gaze qui cache leurs yeux et invite le visiteur à "penser" la blessure de la Guerre."

Le 20 octobre 2018, le mémorial sera officiellement inauguré : "cette commémoration est importante bien-sûr, mais ce n'est plus suffisant, conclut Marie-Françoise Auger, maire d'Herlies. Sur les 158 soldats irlandais tombés ici, seuls 13 ont une tombe connue, les autres sont "portés disparus" et reposent peut-être dans la plaine du Pilly, même si c'est difficile à imaginer… Il faut aller plus loin, on a besoin de moyens pour faire des recherches, les familles devraient pouvoir se recueillir sur la sépulture de leurs défunts."

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