Publié le 24/11/2015

Histoire

Les grandes dates qui ont marqué la région Hauts-de-France

La préhistoire

Les premières vagues d'arrivants

Ils se sont installés au rythme des glaciations. Les plus anciens vestiges connus remontent à -700 000 ans à Wimereux : quelques bifaces et rognons de silex à côté d’ossements d’éléphants et d’hippopotames. Plusieurs milliers de vestiges, dont deux crânes humains, témoignent ensuite d’une implantation lors d’une période interglaciaire : c’est l’Homme de Biache, -200 000 ans. Les premières traces de l’homo sapiens sont datées de 38 000 ans avant notre ère. La région était alors une steppe peuplée de rennes. Vers 3000 ans avant J.C, le climat plus sec fait reculer la forêt et favorise l’arrivée de nouvelles populations venues du sud. A l’âge du bronze, vers -1500, on trouve la trace d’importants échanges interrégionaux, y compris avec la Grande-Bretagne.

L’ère celte

Un millénaire avant notre ère, de nouveaux venus de l’est de l’Europe amènent instruments aratoires et élevage du cheval, puis des Celtes de Bavière introduisent l’âge du fer dans la région. Aux IIIème et IIème siècles avec J.C, c’est au tour des Belges de s’installer. La région est occupée de manière relativement dense même si la vie y demeure rurale. La réputation de prospérité des territoires du Nord attise la convoitise de César et les batailles sont fréquentes et meurtrières. Les flux d’envahisseurs viendront ensuite essentiellement de l’est. La région s’enrichit particulièrement de ces différentes cultures. En 57 avant J.C., Jules César soumet les peuples de la Gaule Belgique soulevés contre Rome, dont les Ambiani ou Ambiens (Amiénois) et les Bellovaci ou Bellovaques (Beauvaisiens).

Des romains aux francs (de 0 à 500 après J.C)

La pax romana

Aux temps gallo-romains, la région est englobée dans un vaste ensemble appelé Belgique, et divisée en cités. La vie reste toutefois essentiellement rurale, axée sur deux ressources : le blé et la laine. La prospérité se traduit par un développement démographique important.

Une région bilingue

Dès le troisième siècle, des Francs (Germains venus de l’est) et des Alamans envahissent et pillent le territoire. Les dévastations sont si importantes qu’il faut recoloniser la région et que les Romains, dépassés par l’ampleur des frontières de l’Empire, laissent les Francs s’installer, préférant s’en faire des alliés. C’est ainsi que se crée, le long de la Lys, une frontière linguistique séparant le dialecte germanique parlé par les Francs (qui deviendra le flamand) et la langue latine dont naîtra le français.

Les nouveaux envahisseurs

Au début du Vème siècle, une succession d’envahisseurs balaie romanité et christianisme… L’un d’eux, Clovis, s’élance de Tournai pour réaliser la conquête presque totale de la Gaule, tandis que l’Empire romain d’Occident achève de s’effondrer. Les Francs saliens s’établissent en 486 sur la Somme. Clovis étend son royaume par la bataille de Soissons au cours de laquelle il défie les troupes du chef gallo-romain Syagrius. Il fait alors de Soissons sa capitale avant de transporter sa résidence à Paris en 493.

Le pays Franc (de 500 à 1000)

La lente émergence

Le territoire est bilingue, roman et germanique. La christianisation est lente même si le VIIème siècle représente l’âge d’or pour les monastères missionnaires. C’est dans ces sanctuaires que se développent l’art et la culture. Vers les VIIIème et IXème siècles, les bas pays flamands s’éveillent à leur tour et des centres commerciaux apparaissent.

La grande partition

En 843, la division de l’empire de Charlemagne fait de l’Escaut la frontière entre la France et le Saint Empire Germanique. Cette division sera lourde de conséquences pour la région puisque le destin du Hainaut et du Cambrésis sera bien différent de celui de l’Artois et de la Flandre pendant des siècles.

L’aménagement médiéval

Le transport des marchandises empruntant souvent les cours d’eau, la moindre dénivellation est un lieu de rupture de charges qui devient alors une agglomération à défendre par des ouvrages militaires. C’est le cas de Lille dont on trouve la première mention en 1066. D’autres cités comme Valenciennes, Saint-Omer ou Arras prennent de l’essor et l’augmentation de la population nécessite d’importants travaux d’aménagement pour dégager de la terre à cultiver pour la nourrir. L’autorité d’une lignée de comtes de Flandre s’organise alors, faisant du territoire une principauté quasi autonome dès 884.

A la mort du dernier carolingien, Louis V dit le Fainéant, Hugues Capet, arrière-petit-fils d’Héribert Ier de Vermandois, est sacré roi à Noyon en 987.

Les principautés territoriales (de 1000 à 1369)

La puissance des cités

Le dynamisme démographique de la région est à la mesure de son succès économique et politique. Arras est ainsi un centre économique et culturel de première importance dans le monde chrétien. Les puissantes cités vont alors s’opposer aux comtes pour l’obtention de privilèges communaux, ce dont le roi de France va tirer profit pour intervenir dans les affaires de son puissant vassal.

La fragilité d’une frontière

Le XIIIème siècle voit l’avènement des cités, qui ont acquis des privilèges considérables, et dans lesquelles les beffrois fleurissent. Les nobles s’appauvrissent tandis que les bourgeois, jaloux de leur indépendance, resserrent leurs liens corporatifs et familiaux. En 1280, à la suite de graves troubles sociaux, la guerre reprend entre le roi de France et les Flamands. Philippe le Bel anéantit alors toute résistance, annexe presque toute la Flandre de langue française et nomme un allié sûr à la tête du comté.

De batailles meurtrières en graves disettes, les conséquences économiques sont terribles : la Flandre perd sa suprématie dans le textile et l’Artois laisse à son tour échapper son rôle économique. C’est dans ce contexte que débute en 1337 la Guerre de Cent Ans. Celle-ci sera une catastrophe pour la région qui est le théâtre de nombreuses opérations militaires. S’y déroule notamment le siège de Calais qui deviendra anglaise pour deux siècles, asphyxiant le développement des autres villes d’Artois. La Peste Noire qui se répand dès 1348 fera également des ravages dans la région pendant plus d’un siècle alors que dans le même temps, des conditions météorologiques épouvantables s’abattent, occasionnant des disettes meurtrières. Les révoltes sociales se multiplient sur fond de misère et de marasme économique généralisé.

1066 : Guillaume de Normandie embarque à Saint-Valéry pour la conquête de l’Angleterre.

1218 : L’évêque d’Amiens, Evrard de Fouilloy, décide d’élever une nouvelle église pour remplacer l’édifice roman détruit par un incendie. Il confie les plans de la cathédrale d’Amiens à Robert de Luzarches qui, avec l’aide de Thomas et Renaud de Cormont, achève la construction du chef d’œuvre en 1254, un record de rapidité. En 1247, est ouvert le chantier de la cathédrale de Beauvais.

Vers 1225 : A l’université de Paris, les étudiants du Nord de la France constituent la nation picarde.

1346 : Le roi Plantagenêt Edouard III d’Angleterre, qui prétend à la succession au trône de France par sa mère, débarque en Normandie et affronte le roi Philippe VI de Valois à Crécy. Après la victoire de ses troupes, l’administration anglaise contrôle une région dite « Picardy » de 1347 à 1558.

La terre des grands débats (1369-1555)

L’époque bourguignonne

Philippe le Hardi, gendre de Charles V, hérite en 1384 de la Flandre et de l’Artois. Les territoires du Nord, devenus le fleuron de la Maison de Bourgogne, connaissent alors l’âge de la puissance bourguignonne même si les menaces de guerre, de désastres naturels et de crise économique et démographique y sont toujours très présents.

La bataille d’Azincourt livrée contre les troupes anglaises en 1415 est un désastre pour la noblesse française, ce qui n’empêche pas la Bourgogne de s’étendre encore du côté de Boulogne-sur-Mer puis du Hainaut. La fin de la Guerre de Cent Ans est signée en 1475.

L’empire

Avec l’alliance de l’héritière de Bourgogne et du futur empereur Maximilien d’Autriche, la région se trouve alors exclue du domaine français, et ce pour deux siècles. Devenue un simple pion sur l’échiquier européen, elle sera le théâtre d’épisodes guerriers dévastateurs jusqu’en 1713.

En 1520, la région accueille près de Calais le Camp du Drap d’Or qui verra l’échec des velléités de François Ier de s’allier avec l’Angleterre pour s’opposer aux ambitions de Charles Quint.

Ce dernier continue ses conquêtes. En 1548, il baptise l’ensemble de ses propriétés du nord « le cercle de Bourgogne ». Ce sont en fait les anciens Pays-Bas qui s’étendent alors jusqu’au Hainaut et l’Artois.

En 1555, Charles Quint abdique en faveur de son fils Philippe II qui régnera sur les Pays-Bas, l’Espagne et la Franche-Comté pendant quarante ans. En 1558, Calais est reprise aux Anglais par les Français.

1529 : Calvin s’enfuit de Noyon à Strasbourg et Genève.

1539 : Par l’édit de Villers-Cotterêts, le français devient langue juridique nationale à la place du latin.

De l’Espagne à la France (1555-1713)

La sécession des Pays-Bas

1568 : Les protestants affrontent Philippe II et se rendent maîtres de la Hollande et de la Zélande.

1579 : Catholiques et protestants s’affrontent. C’est alors le début d’une guerre de 80 ans qui aboutira à la scission des Pays-Bas en 1648.

1594 : Amiens, Laon, Soissons, villes bastions de la Ligue et des Princes Ligueurs (Condé et Guise), résistent, parmi les dernières, au nouveau roi Henri IV. Celui-ci met fin aux guerres de religion et prend en 1598 l’édit de Nantes, assurant la liberté de culte aux protestants.

Les Pays-Bas espagnols

1598-1633 : Offerte en dot aux archiducs espagnols, la région va connaître une ère de prospérité et de paix grâce aux libéralités d’un gouvernement très peu présent.

L’annexion française

1635 : Après ce bref répit pour la région, les règnes de Louis XIII et Louis XIV seront une nouvelle ère de près de 90 ans de durs combats, de sièges, de pillages, de dépeçages diplomatiques et de misère.

1665 : Louis XIV accorde le privilège de manufacture de draps, façon de Hollande et d’Espagne, à l’industriel zélandais Josse van Robais, qui s’établit à Abbeville.

1688-1713 : La population régionale subit les assauts répétés des Hollandais, soucieux de reconquérir leurs terres, jusqu’en 1713 qui voit la conclusion du traité d’Utrecht concernant le tracé des frontières. Le Nord-Pas de Calais est alors dessiné selon une frontière complexe défavorable à ses intérêts économiques.

Le Nord de la France (1713-1815)

1713-1788 : Les industries régionales, privées de leurs débouchés naturels, traversent une période difficile. L’agriculture, de son côté, connaît de spectaculaires progrès grâce à l’introduction de nouvelles techniques, tandis que le bassin minier commence sa fantastique aventure, assurant le développement parallèle de la métallurgie. Lille abrite alors la plus grande manufacture d’Europe de céramiques.

1788 : La prospérité économique retrouvée ne concerne la population régionale que de très loin. L’indigence reste grande d’autant plus que la croissance démographique est importante. La disette qui secoue le royaume en cette année pré-révolutionnaire est très durement ressentie en Nord-Pas de Calais.

1789 : La Révolution, qui s’est essentiellement concentrée sur les symboles de l’Eglise, aura somme toute peu de répercussions sur le territoire régional. En revanche, la création des deux départements, leur découpage comme le choix des préfectures, suscitent de graves querelles.

1790 : La province de Picardie est séparée du Boulonnais et éclate en trois départements (l’Aisne, la Somme et l’Oise).

1792-1794 : La région est envahie à deux reprises par l’armée autrichienne. Le siège de Lille aboutira à sceller un sentiment patriotique enthousiaste.

1799 : Bonaparte est accueilli par la région écœurée des errements de la Terreur et avide de paix. Les notables occupent très vite les postes les plus importants de l’administration départementale.

1810 : Le développement de l’industrie cotonnière, de la recherche minière, et la culture toute nouvelle de la betterave à sucre assurent le décollage économique du Nord-Pas de Calais.

La première usine du pays (1815-1914)

1815-1848 : La région s’impose comme la « première usine de France ». Le succès économique global s’est renforcé grâce aux mesures de protectionnisme douanier, à l’importation de technologies de pointe depuis l’Angleterre et de main d’œuvre depuis la Belgique surpeuplée, à une bourgeoisie dynamique ainsi qu’à la richesse minière. De nombreuses industries comme les verreries et les papeteries fleurissent tandis que les voies de communication s’améliorent considérablement. C’est ainsi qu’est inaugurée en 1846 la ligne de chemin de fer Paris-Lille. Le monde rural n’est pas en reste ; la région est en effet également la première « ferme de France ».

1845 : La première voie ferrée du nord est construite, financée par la Compagnie Rotschild. Paris-Amiens, inaugurée en 1846, prend 4 heures et 40 minutes.

1848 : La crise économique engendre des clivages de plus en plus marqués même si le Nord reste un « Eldorado » pour de nombreux entrepreneurs ambitieux.

1850 : Mise en exploitation du gisement houiller du Pas-de-Calais, qui va prendre le visage qui est encore le sien aujourd’hui, alors que d’autres villes de la région prennent leur essor grâce à l’expansion du textile.

1860 : En dépit des grèves qui secouent la région, la Bourse des valeurs de Lille est ouverte en 1861. Le négoce de la laine prend sa dimension mondiale à partir de Roubaix-Tourcoing.

1870 : La guerre avec l’Allemagne ne cause guère de dégâts dans la région. Elle est au contraire une « chance » puisque la perte de l’Alsace-Lorraine conforte le Nord-Pas de Calais dans son rôle économique.

1871 : A l’issue de la bataille du Nord contre les Prussiens, perdue par Faidherbe, le département de la Somme est placé en zone occupée.

A l’aube du XXème siècle, la région est au sommet de sa puissance. Mais les faiblesses qui la rongent apparaissent déjà, notamment sur le plan social. Le socialisme y prend fortement racine, faisant de la région l’un des principaux bastions de la Gauche.